Cathédrale

 

Tout en marchant, j'ai ce mot « cathédrale » qui chante dans ma tête, ce mot de tous les mystères, des pensées paradoxales arc-boutées en ogives contre la voûte de ma conscience. Oui j'aime ce mot de cathédrale, il est beau, somptueux et empreint des profondeurs de l'histoire, il possède cette saveur médiévale presque conspiratrice, les secrets chuchotés depuis six ou sept siècles exsudant des pierres du transept. Ma cathédrale a perdu en charpente, des pierres se sont délitées, des lianes y ont poussé. Le végétal a commencé à faire l'amour en silence au minéral. Je me suis assis dans la nef sur une pierre taillée. Le soir est tombé et dans l'absence du toit, j'ai pu voir le ciel, profond comme un puits. J'ai regardé les étoiles droit dans les yeux, soutenant leur scintillance sans cligner ; j'ai arraché des lambeaux de voie lactée comme on décollerait un vieux papier peint. Résultat, cosmos lacéré. Et j'ai attendu.

C'est drôle l'attente, la patience de l'attente. Dans l'attente le temps perd de la consistance ou au contraire se densifie. Quoiqu'on attende, on espère, on se projette, on suppute une échéance, on pense entrevoir le but, passé le prochain horizon.
Je me laisse emporter par mes pensées ; elles sont sirènes et je suis leur Ulysse, voyageur intemporel prêt à plonger dans l'écume pour me réunifier avec le chant divin.

J'attends. Quoi ? Je le sais mais je garde le secret. J'entoure ce secret de pensées périphériques, j'érige un manège enchanté autour de lui. Je joue la diversion en posant des questions essentielles : existe-t-il des fourmis unijambistes ? A quelle distance faut-il s'approcher du soleil pour commencer à fondre ? A quoi rêve un zèbre endormi dans la savane ?

J'attends, là. J'attends ce que j'attends. Pas Godot car il ne viendra pas et inutile de regarder ma montre, le surréalisme l'a rendue molle. J'attends dans le silence de ma cathédrale, j'attends que la comète de Halley repasse ; plus que 76 ans à attendre. Une infinitésimale virgule à l'échelle de l'Univers, soit dit en passant beaucoup plus impressionnante que celle de Richter qui permet à peine de monter à l'étage. Mais je digresse, je m'égare.
L'horloge a tourné et...je ne vais pas pouvoir continuer car on dirait bien que j'ai oublié ce que j'attendais.

Commentaires

Articles les plus consultés